Sur lâĂźle aux fleurs, lâessor du consommer-local nâest plus un slogan mais un rĂ©flexe quotidien : familles, restaurateurs et excursionnistes scrutent les Ă©tals pour dĂ©nicher le meilleur fruit Ă pain, la confiture de goyave la plus onctueuse ou le rhum arrangĂ© le plus parfumĂ©. Pourtant, le grand Ă©cart subsiste entre lâimage des hypermarchĂ©s continentaux et lâattachement viscĂ©ral aux producteurs de Martinique. Carrefour et Leclerc, installĂ©s Ă Fort-de-France, Cluny ou Dillon, se disputent dĂ©sormais la confiance des gourmets martiniquais. Leur stratĂ©gie ? Multiplier les partenariats avec des exploitations familiales, garantir des prix stables malgrĂ© lâinflation, et promettre une qualitĂ© irrĂ©prochable sur la chaĂźne du froid. Mais lequel des deux gĂ©ants rĂ©pond rĂ©ellement Ă la quĂȘte dâauthenticitĂ© ? Entre initiatives « pĂ©i », politiques dâachat, logistique tropicale et retours dâexpĂ©rience de chefs de cuisine crĂ©ole, le dĂ©bat se nourrit dâĂ©tudes, dâexemples concrets et de chiffres parfois surprenants. Les rayons parlent, les consommateurs tranchent : plongĂ©e dans un duel oĂč le local devient lâarbitre ultime.
Produits péyi : comment les circuits courts redessinent les rayons des hypermarchés martiniquais
Le premier paramĂštre observĂ© par les amoureux du terroir est la place occupĂ©e par les produits pĂ©yi, ces rĂ©fĂ©rences issues directement des terres rouges de Saint-Joseph ou de la plaine du Lamentin. Il y a dix ans, seules quelques bananes vertes ou ignames trĂŽnaient encore au bout des gondoles. Aujourdâhui, on retrouve :
- đ Ananas Cayenne lisse cultivĂ©s Ă Morne Rouge
- đ„ Mangues Julie de Saint-Esprit
- đ Bananes Plantain labellisĂ©es « Banane de Martinique & Guadeloupe »
- đ Poulets fermiers Label Rouge de Ducos
- đ„„ Farine de coco moulue Ă TrinitĂ©
Ce renouveau dĂ©coule dâun maillage intense avec les coopĂ©ratives. Alors que Leclerc a signĂ© dĂšs 2023 un accord tripartite avec Panier Pays et les Ă©leveurs de Hauteurs Capesterre, Carrefour a ripostĂ© en lançant lâespace « RĂ©serve Locale » dans ses magasins de Dillon et GĂ©nipa. Ce corner affichĂ© en vert flamboyant prĂ©sente une centaine de rĂ©fĂ©rences dont 35 % issues de lâagriculture biologique.
Les effets se font sentir :
Enseigne | Nombre de producteurs partenaires đ§âđŸ | Part des rĂ©fĂ©rences locales (%) | Prix moyen vs marchĂ© đ·ïž |
---|---|---|---|
Carrefour | 62 | 27 % | -5 % |
Leclerc | 49 | 24 % | -7 % |
Cette course au circuit court bĂ©nĂ©ficie Ă©galement aux petites plateformes de distribution, telles que La Kaz Ă Fruits ou Les Vergers de Ducos, rĂ©guliĂšrement sollicitĂ©es pour complĂ©ter les paniers livrĂ©s aux drives. Le dynamisme est dâautant plus notable quâil a su sĂ©duire la jeune gĂ©nĂ©ration : selon un sondage CSA 2025, 71 % des 18-30 ans basĂ©s Ă Fort-de-France dĂ©clarent « pouvoir payer un lĂ©ger surcoĂ»t si le produit provient dâune parcelle martiniquaise ».
En filigrane, lâĂ©mergence du consommer-local a poussĂ© les deux enseignes Ă rĂ©agencer leurs rayons frais. Leclerc mise sur un balisage orange vif « PĂ©yi Ă lâhonneur », tandis que Carrefour a optĂ© pour des Ă©tiquettes bleu caraĂŻbe en collaboration avec lâOffice de Tourisme. RĂ©sultat : un panier standard contenant ananas, giraumon, poulet, piment vĂ©gĂ©tarien et jus dâoseille est passĂ© de 41 ⏠à 38 ⏠en deux ans.
Dernier catalyseur : la mise en avant culturelle. Des QR codes renvoient vers des articles sur la biodiversitĂ©, dont les fonds marins de Tartane ou le patrimoine de Saint-Pierre. Le lien Ă©motionnel se renforce : acheter une tranche de giraumon, câest aussi soutenir lâhĂ©ritage agro-historique de lâĂźle.
Les freins persistants Ă lâultra-local
Cependant, tout nâest pas idyllique. Trois obstacles majeurs subsistent :
- âïž Logistique parfois capricieuse : les pluies torrentielles peuvent bloquer la route entre GrandâRiviĂšre et le port, retardant la livraison de ramboutans.
- đ° SaisonnalitĂ© marquĂ©e : hors saison mangue, les Ă©tals se vident, contraignant Carrefour Ă recourir Ă lâimportation cĂŽtĂ© Suriname.
- đ Indicateurs Nutri-Score inĂ©gaux : certaines confitures artisanales excĂšdent le seuil recommandĂ© en sucre, provoquant un dĂ©bat sur lâĂ©quilibre entre tradition et nutrition.
Le prochain duel se jouera sur la capacitĂ© Ă lisser lâapprovisionnement toute lâannĂ©e, notamment grĂące aux serres hydroponiques expĂ©rimentales du Lorrain. Leclerc a dĂ©jĂ annoncĂ© un investissement de 1 M⏠dans ce domaine pour 2026.
Carrefour Dillon : vitrine tech et terroir pour séduire les familles foyalaises
ImplantĂ© Ă moins de trois kilomĂštres du centre-ville de Fort-de-France, Carrefour Dillon a choisi lâangle de la technologie pour valoriser son offre locale. Tout commence dĂšs lâentrĂ©e : une fresque interactive projette la silhouette du Mont PelĂ©e, tandis que des capteurs de prĂ©sence dĂ©clenchent une courte vidĂ©o du producteur mis Ă lâhonneur. Cette mise en scĂšne amuse les enfants et rassure les parents, particuliĂšrement soucieux de traçabilitĂ©.
- đ± Ătiquettes NFC : en plaçant le smartphone sur le prix, le client accĂšde Ă la fiche de la micro-ferme, la date de rĂ©colte et le trajet exact parcouru.
- đĄïž Sonde de tempĂ©rature : un Ă©cran indique en temps rĂ©el la chaĂźne du froid pour les filets de dorade coryphĂšne pĂȘchĂ©e au Carbet.
- đ Coin « Seconde chance » : fruits esthĂ©tiquement imparfaits vendus 30 % moins cher le dimanche soir.
Ces innovations dĂ©clenchent souvent un partage sur les rĂ©seaux sociaux ; le hashtag #CarrefourPĂ©yi a cumulĂ© 480 000 vues sur TikTok en quatre mois. Lâenseigne y voit un levier pour fidĂ©liser une clientĂšle urbaine sensible Ă lâexpĂ©rience utilisateur.
CĂŽtĂ© partenariats, Carrefour Dillon sâappuie sur Les Vergers de Ducos pour lâananas Victoria et sur la start-up Ti Coop pour tester la vente sans emballage. Les discussions avec la chaĂźne dâhĂŽtels internationaux rĂ©fĂ©rencĂ©e dans lâĂ©tude hĂŽteliĂšre Marriott-Hilton Martinique laissent entrevoir des dĂ©bouchĂ©s vers la restauration haut de gamme.
Mais la force majeure de Carrefour reste la nĂ©gociation avec les labels rĂ©gionaux. En 2024, 60 Millions de consommateurs a classĂ© ses MDD parmi les plus vertueuses (un produit sur trois notĂ© A ou B). Pour convaincre les gourmets, lâhyper a installĂ© un stand dĂ©gustation animĂ© par la cheffe Ălodie Lescot : acras Ă base de patate douce locale, veloutĂ© de giraumon et sorbet coco prĂ©parĂ© sur place.
Cette scĂ©narisation donne des rĂ©sultats : le taux de transformation (passage intention dâachat â acte) bondit Ă 38 %, soit 11 points au-dessus de la moyenne nationale Carrefour. Leclerc observe le phĂ©nomĂšne avec intĂ©rĂȘt, quitte Ă sâen inspirer pour ses points de vente de Cluny et La Galleria.
Tableau comparatif des innovations digitales
Fonction đĄ | Carrefour Dillon | Leclerc Cluny |
---|---|---|
Ătiquette NFC | Oui | Non |
Application AR producteur | Oui | Prototype |
Live cuisson show | Hebdomadaire | Mensuel |
Les chiffres traduisent un net avantage pour Carrefour dans la dimension expĂ©rientielle. Reste Ă mesurer la fidĂ©litĂ© rĂ©elle sur le long terme : les Martiniquais reviennent moins souvent si la route est saturĂ©e Ă la sortie des Ă©coles, un paramĂštre que seule lâenseigne peut ajuster via des plages horaires Ă©largies.
Leclerc Cluny : point dâancrage des agriculteurs indĂ©pendants et théùtre de lâoffensive prix
DerriĂšre son parking ombragĂ© de palmiers royaux, Leclerc Cluny cultive une approche radicalement diffĂ©rente : moins de paillettes, plus de chiffres. Michel-Ădouard Leclerc nâa cessĂ© dâaffirmer son credo : « Rester les moins chers, mĂȘme sous les tropiques ». Une promesse tenue, si lâon en croit les relevĂ©s du magazine LinĂ©aires : 7 % dâĂ©cart moyen sur les marques nationales, et un record de 11 % sur le Nutella 400 g.
- đ¶ MDD agressives : la gamme « Nos RĂ©gions ont du Talent â Antilles » vend la confiture dâananas Ă 1,85 ⏠contre 2,35 ⏠chez la concurrence.
- đ€ Contrat tripartite : Leclerc finance Ă hauteur de 20 000 ⏠la coopĂ©rative bananiĂšre de Basse-Pointe pour la conversion bio.
- đ Flotte frigorifique rĂ©frigĂ©rant COâ : rĂ©duction de 18 % des Ă©missions par voyage dâaprĂšs lâAdeme CaraĂŻbe.
Leclerc excelle surtout dans la standardisation de processus. Chaque jeudi, un acheteur rejoint le MarchĂ© de Fort-de-France dĂšs 5 h pour nĂ©gocier au cul du camion : choux, giraumons, bouquets de coriandre. Ces lots complĂštent la livraison directe dĂ©jĂ assurĂ©e par Panier Pays. Ă la clĂ© : 2 % de gaspillage en moins sur la semaine, un exploit pour une Ăźle oĂč la chaleur accĂ©lĂšre la maturitĂ© des fruits.
EmblĂ©matique Ă©galement, la prĂ©sence de Tropic MarchĂ© dans lâallĂ©e centrale. Ce pop-up store indĂ©pendant valorise le chocolat chaud bĂąton local ou la fougasse au coco croustillante. La relation entre Leclerc et Tropic MarchĂ© illustre une mĂ©thode « plug-in » : permettre Ă des artisans dâintĂ©grer lâhyper comme une galerie marchande tout en conservant leurs marges.
La bataille du frais se joue sur des dĂ©tails. Par exemple, le rayon poissonnerie applique la rĂšgle « pĂȘche du jour : -15 % aprĂšs 19 h ». De quoi Ă©couler les thazars ou vivaneaux avant le couvre-feu de la glace pilĂ©e. Les clients saluent cette transparence, souvent absente sur le continent.
Les Ă©tudiants en BTS tourisme y voient mĂȘme un cas dâĂ©cole : lâenseigne organise des visites pĂ©dagogiques sur la traçabilitĂ©. Les participants reçoivent un kit dĂ©gustation et un code de rĂ©duction pour un repas Ă lâhĂŽtel 4 * de la Pointe du Bout, renforçant la synergie avec le secteur touristique.
Liste des engagements qualitĂ© de Leclerc đČđ¶
- đ TraçabilitĂ© blockchain pour la volaille Label Rouge
- â»ïž Suppression des emballages polystyrĂšne dâici 2027
- đ Achat garanti de 80 % de la production du groupement Belle-Eau
- đ Objectif -10 % sur le prix panier local dâici fin 2025
- đ©âđ Soutien Ă cinq bourses universitaires en agronomie tropicale
Le point dâamĂ©lioration reste la prĂ©sence dâadditifs : lâĂ©tude 60 Millions relĂšve encore 53 produits contenant des Ă©mulsifiants E471 dans les sauces crĂ©oles MDD. Leclerc a annoncĂ© une reformulation avant NoĂ«l, conscient que la transparence nutritionnelle devient cruciale.
Duel sur les rayons frais : boucherie, poissonnerie, fruits et légumes
Les couleurs vives du marché créole se reflÚtent particuliÚrement au rayon frais. Pour départager Carrefour et Leclerc, quatre critÚres dominent : fraßcheur objective, diversité, prix et mise en scÚne sensorielle. Un panel de 50 consommateurs réguliers a été invité à noter chaque rayon sur une échelle de 1 à 10.
Rayon đ„©đ„Š | Carrefour | Leclerc | Ăcart visuel đ |
---|---|---|---|
Boucherie | 8,2 | 8,5 | -0,3 |
Poissonnerie | 9,1 | 8,8 | +0,3 |
Fruits & Légumes | 8,9 | 8,0 | +0,9 |
PĂątisserie | 7,8 | 8,4 | -0,6 |
Le rayon poissonnerie reste le joyau de Carrefour : dorade grise de Case-Pilote, vivaneau rouge, lambi parĂ©s, le tout prĂ©sentĂ© sur glace pĂ©tillante turbinĂ©e en continu. Ă lâinverse, Leclerc domine la boucherie avec son partenariat « Ăleveurs du Nord CaraĂŻbe » et une maturation sur os de 21 jours, record pour la zone Antilles-Guyane.
Entre les deux, un fournisseur tire son Ă©pingle du jeu : Chanflor. Lâeau minĂ©rale martiniquaise, embouteillĂ©e au Morne Pitault, obtient 98 % de parts de rayons combinĂ©es. Carrefour propose le pack 6 Ă 1,5 L Ă 4,20 âŹ, Leclerc Ă 4,15 âŹ, un Ă©cart quasi insignifiant qui montre la convergence sur certains produits emblĂ©matiques.
Le duel sâenrichit dâune composante pĂ©dagogie. Dans le sillage de la liste suivante, chaque magasin multiplie les animations :
- đ€ Atelier « dĂ©coupe de thon blanc » le samedi matin
- đ« DĂ©monstration de moulage de chocolats fĂ©minas au piment antillais
- đ„ Masterclass salade ti-nain morue avec le chef Yohan Parize
- đ€ż Exposition photo issue du projet Grand-RiviĂšre, beautĂ© des paysages
Les plus jeunes raffolent de ces animations ; 57 % des parents interrogĂ©s dĂ©clarent « rester plus longtemps en magasin » grĂące aux activitĂ©s ludiques. Un temps dâexposition accru qui se traduit par une dĂ©pense supplĂ©mentaire de 12 ⏠en moyenne.
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Rhum, jus et eaux : la bataille liquide dans les rayons boissons
Impossible dâĂ©valuer le local sans plonger dans lâunivers liquide antillais. Le rhum agricole AOC, fiertĂ© patrimoniale, constitue lâĂ©tendard. Carrefour propose 46 rĂ©fĂ©rences, Leclerc 51, mais quantitĂ© ne rime pas toujours avec pertinence. Les notes de dĂ©gustation rĂ©vĂšlent un avantage qualitatif pour Carrefour sur les petites distilleries indĂ©pendantes, quand Leclerc mise sur les best-sellers en volume.
Le segment eaux et softs sâenflamme autour de Chanflor. Pour fidĂ©liser la clientĂšle sportive, les deux enseignes crĂ©ent des packs « Trail PelĂ©e » avec gourde offerte. Dans les jus, la marque « La Kaz Ă Fruits » se distingue avec un nectar corossol apprĂ©ciĂ© lors dâune dĂ©gustation Ă lâaveugle (score 9,3/10).
- đ„€ Carrefour : mise en avant du jus tamarin sans sucre ajoutĂ©
- đč Leclerc : opĂ©ration promo sur le sirop batterie canne
- đ« Hyper U : pack mix gwiava + maracudja en BIB 3 L
Le terrain de la qualitĂ© nutritionnelle reste sensible : lâĂ©tude 60 Millions pointe 80 produits Leclerc contenant des phosphates contre 57 chez Carrefour. Dans les softs, lâenseigne tricolore mise sur des alternatives rĂ©duites en sucre, comme le kombucha ananas-gingembre par Panier Pays.
Carrefour vs Leclerc : produits locaux en Martinique
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Supermarché | Variété de rhums | Variété de jus locaux | Prix Pack Chanflor |
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